Il est 14h30. Vous fixez votre écran, les paupières lourdes, incapable de rédiger un e-mail cohérent sans le relire trois fois. À l’inverse, hier soir à 21h, alors que vous faisiez la vaisselle, une idée brillante pour débloquer votre dossier principal a surgi de nulle part.

Nous avons tous vécu cette situation. Pourtant, la majorité des entreprises continue d’exiger une performance linéaire et constante entre 9h et 18h. Ce modèle, hérité de l’ère industrielle, montre aujourd’hui ses limites. Il épuise, frustre et, ironiquement, bride notre véritable efficacité.

C’est ici qu’entre en jeu une tendance qui pourrait bien révolutionner notre rapport au travail : le chronoworking. Il ne s’agit pas forcément de travailler moins, mais d’adapter ses horaires et ses tâches à son horloge biologique.

Voici pourquoi il est urgent de repenser notre rapport aux horaires de travail, et comment s’y prendre sans désorganiser son équipe.

Le mythe de l’horloge biologique universelle

Pendant des décennies, nous avons confondu présentéisme et productivité. Le dogme du 9h-18h part du principe que nous sommes tous des machines capables de fournir un effort cognitif soutenu pendant huit heures d’affilée, au même moment de la journée.

La science prouve pourtant l’inverse. Nous avons tous un chronotype différent :

  • Les lève-tôt (les alouettes) : au sommet de leur forme dès le lever du soleil, mais qui s’éteignent en fin d’après-midi.
  • Les couche-tard (les hiboux) : qui peinent à émerger le matin mais dont la créativité explose en fin de journée.
  • Les intermédiaires : qui suivent un rythme plus classique mais subissent tout de même des fluctuations d’énergie, notamment le fameux coup de barre post-déjeuner.

Forcer un “hibou” à animer une réunion stratégique à 8h30, c’est comme demander à un sprinter de courir un marathon en apnée. À long terme, cette lutte constante contre notre nature génère une dette de fatigue, du stress, et augmente drastiquement le risque d’épuisement professionnel.

Le chronoworking propose une alternative saine : écouter son corps pour maximiser son impact.

3 étapes pour adopter le chronoworking

Il est tout à fait possible de reprendre la main sur son emploi du temps sans se couper du reste de l’entreprise. Voici comment amorcer cette transition.

1. Cartographiez vos pics d’énergie

Avant d’aller toquer à la porte de votre manager, vous devez d’abord vous connaître au-delà des étiquettes toutes faites du type “je ne suis pas du matin”. Pour cela, tenez un journal d’énergie pendant une semaine type.

L’exercice doit être factuel. Mettez une alarme toutes les deux heures (10h, 12h, 14h, etc.) et prenez 30 secondes pour évaluer sur une échelle de 1 à 10 votre capacité de concentration mentale et votre niveau d’énergie physique.

Au bout de quelques jours, des tendances irréfutables vont émerger. Vous découvrirez peut-être que votre coup de barre de 14h commence en réalité à 13h, ou qu’un pic de lucidité inexploité survient vers 17h. Vous pourrez alors délimiter précisément vos zones de deep work (concentration absolue) et vos zones de sommeil cognitif (où le moindre e-mail vous demande un effort). C’est cette donnée chiffrée et objective qui deviendra la fondation de votre nouvelle organisation. Pour aller plus loin, le test de Horne et Östberg (Réseau Morphée), validé scientifiquement depuis 1976, vous permet de déterminer gratuitement votre chronotype en 19 questions.

2. Synchronisez la tâche avec le bon moment

Une fois cette cartographie réalisée, il est temps de changer de posture. Arrêtez d’empiler les tâches sur votre to-do list au fil de l’eau pour en devenir le véritable stratège. L’enjeu n’est plus juste de savoir ce que vous devez faire, mais de déterminer quand il est le plus pertinent de le faire.

Concrètement, commencez par repérer et sanctuariser vos pics d’énergie, car c’est votre temps de cerveau le plus précieux. N’hésitez pas à bloquer visuellement ces créneaux dans votre agenda pour y placer exclusivement vos missions à haute valeur ajoutée, comme la rédaction d’une recommandation, l’analyse de données ou la conception d’un projet. Durant ces phases d’hyper-concentration, la règle d’or doit être la tolérance zéro pour les interruptions : coupez vos notifications et fermez votre boîte mail.

À l’inverse, il est inutile de lutter ou de culpabiliser lorsque votre attention baisse de façon naturelle. Apprenez plutôt à recycler cette baisse de régime intelligemment. Vos creux d’énergie sont en effet les moments parfaits pour abattre toutes les tâches mécaniques : trier vos e-mails, gérer l’administratif, ou encore assister à ces fameuses réunions d’information descendantes qui ne nécessitent de votre part aucune prise de décision cruciale.

3. Négociez votre flexibilité par la performance

C’est l’étape qui fait le plus peur : comment l’expliquer à son manager ? La clé est de ne jamais présenter le chronoworking comme une demande de confort, mais comme un levier de performance.

Ne dites pas : « Je veux commencer à 10h parce que je suis fatigué le matin. »

Dites plutôt : « J’ai remarqué que ma capacité de concentration est décuplée en fin de matinée et en fin de journée. Pour avancer plus vite sur les dossiers de fond, je propose de décaler mes horaires de 10h à 19h, tout en restant évidemment disponible pour nos points d’équipe l’après-midi. »

Proposez de tester ce nouveau cadre pendant un mois. Les résultats (et votre bonne humeur retrouvée) parleront d’eux-mêmes.

Écouter son corps, l’ultime compétence professionnelle

S’affranchir du dogme du 9h-18h demande un peu de courage et beaucoup de communication. C’est un changement de paradigme profond : accepter que le travail n’est pas un lieu où l’on reste assis pendant des heures définies par convention, mais une action que l’on accomplit de la manière la plus efficace possible.

En assumant votre propre rythme, vous protégez votre santé mentale, vous augmentez la qualité de votre travail, et surtout, vous donnez la permission à vos collègues d’en faire autant.

Le vrai professionnel de demain n’est pas celui qui est connecté tout le temps. C’est celui qui sait exactement quand se connecter pour être brillant.


Pour aller plus loin — Le test pour s’auto-diagnostiquer

Créé en 1976, le test de Horne et Östberg (Réseau Morphée) est l’outil le plus validé scientifiquement au monde pour déterminer si vous êtes du matin, du soir, ou intermédiaire. Ce questionnaire en 19 questions est disponible en ligne, gratuitement et en version interactive.


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Cécile Speich est co-dirigeante de Plotfox, cabinet de conseil spécialisé en stratégie et transformation RH. Depuis plus de 10 ans, elle travaille aux côtés des décideurs RH et surtout de leurs équipes, pour favoriser l’épanouissement individuel et en faire le moteur de le performance durable de l’entreprise. Engagée pour une meilleure conciliation entre vie professionnelle et personnelle, elle milite aussi pour l’empowerment des femmes.

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