
Avez-vous parfois cette impression que si vous aviez 100% le contrôle sur votre organisation, ce serait le paradis au travail ? Ce sont les autres qui sont en retard, qui ne préviennent pas à temps, qui ne donnent pas les infos en avance, qui demandent trop souvent de l’aide ou qui modifient leur demande quand le travail est déjà à moitié fait… Même si, soyons honnêtes : nous sommes tous “l’autre” de quelqu’un.
Agaçant, n’est-ce pas ? Il arrive un moment où l’on peut être tentés de basculer dans un ressentiment qui n’est pas très agréable à vivre… On se dit “je suis trop bonne poire, et comme on dit Trop bon, trop c… ! C’est souvent à ce stade que l’on réalise qu’on a besoin vraiment d’apprendre à dire non. Que ça ne peut pas continuer, mais que rien ne va changer si personne ne dit stop.
Comme disait Einstein : « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. » Dans notre cas, la folie serait de penser que continuer à ne pas réagir quand on sent que nos limites sont franchies va faire que les comportements gênants vont s’arrêter comme par magie. Que les gens vont comprendre parce qu’on fronce les sourcils ou qu’on arrête juste de sourire en entendant le nouveau délai, la nouvelle demande en plus.
La bonne nouvelle, c’est que “Les autres” sont des personnes comme vous, comme nous tous, avec qui il est souvent possible de communiquer, même pour dire non. Et ce, bien plus facilement qu’on ne croit, même si c’est votre supérieur hiérarchique : tout est dans la manière.
Pour cela, il est utile de s’y prendre en deux temps : d’abord le ciblage stratégique, puis le passage à l’action.
1ère étape : Le ciblage
Cette phase est stratégique, car il ne s’agit pas de dire non à tout va, comme un petit de 2 ans qui teste ses parents. Le but est de commencer par choisir une limite en particulier, de préférence celle qu’on aura le plus grand bénéfice à faire respecter.
Prenez un peu de recul, et notez les situations récurrentes, désagréables (car énergivores et chronophages) impliquant d’autres personnes.
Pensez-vous à quelqu’un en particulier, dont le comportement vous fait régulièrement perdre du temps ? Par exemple, un interlocuteur qui a pris l’habitude de vous relancer plusieurs fois par jour, et vous fait perdre votre concentration à chacune de ses interruptions, ou cette collègue d’un autre service qui multiplie ses demandes sans infos ni contexte, en écrivant “URGENT !!!!!!!!” (comme si le nombre de points d’exclamations allait vous aider à accélérer).
Y a-t-il des situations typiques avec des personnes variées ? Par exemple, si votre fonction vous amène à jongler en transverse entre plusieurs projets, et à devoir gérer un flot continu de demandes parfois difficiles à prioriser.
Ou bien vous faites partie des anciens de votre équipe et tout le monde a pris l’habitude de vous demander comment ça marche, qui est le bon interlocuteur…, voire de faire à leur place ?
Une fois ces comportements problématiques identifiés, il est bon de se demander sincèrement : quelle est votre limite ? Peut-être aimez-vous improviser, varier les activités, avoir le plaisir de rendre service… mais à partir de quand est-ce trop ? Jusqu’à quand pouvez-vous continuer sans que rien ne change ? Donnez-vous une limite : soit une date, soit un nombre de fois… Comme vous voulez, mais quand on débute en Non, il est très important de bien définir la limite que l’on décide de poser.
Une fois que les personnes, les comportements et les situations problématiques sont clairement identifiées, il est temps de se lancer. Parcourez toutes les options de “non” proposées ci-dessous, dans le but d’en identifier une qui vous semble possible.
2ème étape : l’action !
Voici une série de techniques de communication pour s’entraîner à dire non, et ainsi gagner en sérénité.
Parcourez-les toutes attentivement avant d’identifier celles que vous pourriez expérimenter.
Le simple silence
Parfois c’est à soi-même qu’il faut dire non, spécialement lorsqu’on a tendance à proposer son aide ou de nouveaux projets sans réfléchir ! Si l’élan vous prend de rendre service, ou de proposer quelque chose en plus, posez-vous 3 questions filtres :
- Est-ce que j’ai envie ?
- Est-ce que j’ai l’énergie ?
- Est-ce que j’ai le temps ?
Si vous répondez non à une seule de ces 3 questions, alors c’est non : vous ne proposez rien. Silence.
La temporisation
Cette méthode revient à dire “oui, mais plus tard” :
- Soit répondre (un peu) plus tard.
- Soit répondre… que vous répondrez plus tard (ex : “J’ai bien noté ta demande, je vais prendre le temps de la regarder et te proposer quelque chose. Je reviens vers toi la semaine prochaine.”)
L’inertie
Il s’agit de la version dure de la temporisation. Elle est à utiliser avec parcimonie et en intelligence de situation, et sur des sujets bien identifiés (un critère peut être le sentiment que même les personnes qui s’en occupent y croient peu).
La méthode consiste à ne rien faire et attendre d’être relancé·e !
La négociation gagnant-gagnant
“Oui, mais à mes conditions” : reprenez l’analyse du début, demandez-vous ce qui permettrait de respecter vos limites, puis traduisez cela en modalités satisfaisantes. Ensuite exercez-vous à les demander explicitement.
Ex : “J’ai remarqué que tu posais beaucoup de questions… Je te propose de tester ça avec un point de 30 minutes hebdo pour revenir sur les questions les plus complexes, qu’en penses-tu ?”
La délégation / réaffectation
“Oui, mais par quelqu’un d’autre” : même si vous n’êtes pas manager, vous pouvez rediriger vers la bonne personne. Ex : “C’est Miguel qui s’occupe de ça, il sera là à votre réunion.”
Très important pour cette méthode : faire court. Allez droit au but, sans justification inutile.
La logique
“Oui, mais avec telle conséquence” : analysez la situation et proposez un arbitrage.
Ex : “Si je prends le projet X, j’aurai 3 projets et ça ne va pas être possible. Je propose de passer les projets Y et Z à l’équipe de Mélanie, en faisant une passation.”
Vous pouvez illustrer avec un schéma de balance entre responsabilités et moyens pour appuyer votre demande.
La formulation de vos besoins
Inspirée de la Communication Non Violente®, cette méthode suit la structure : Observation + Sentiment + Besoin + Demande.
Ex : “Quand je reçois un mail qui ne contient que la phrase “Merci de t’en occuper asap”, cela me déconcerte. J’ai besoin d’anticipation et de considération, c’est pourquoi je te propose de préciser l’action attendue, la date limite, et toutes les infos utiles en contexte. Serais-tu d’accord pour faire comme ça ?”
Façon Bartleby
Clin d’œil au livre de Melville, cette méthode repose sur la formule “je ne préférerais pas”. À utiliser avec humour ou recul.
Pédagogie de son poste
Il s’agit ici de rappeler les contours de votre mission, ce qui est attendu formellement, ce que vous acceptez ponctuellement, et ce qui ne l’est pas. Cela permet d’éviter les glissements de périmètre.
Si une chose se dégage de toutes ces méthodes pour dire non, c’est qu’au fond, il s’agit de se dire un grand oui à soi-même ! C’est décider une bonne fois que notre agenda, notre énergie et notre bien-être sont prioritaires.
Petit conseil avant de se lancer : prenez vos premiers “non” comme une expérience, à faire avec curiosité pour muscler votre assertivité.
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